Des limites de la vue
jeudi 7 septembre 2006 à 18:45

Il m’arrive souvent de retirer mes lunettes un moment, pour m’isoler du monde extérieur ou tout simplement pour augmenter mon sex-appeal. Aidé de ma myopie et de mon astigmatisme, j’estompe les détails pour mieux me concentrer ailleurs. Progressivement la sensation de flou initiale disparaît, quitte le domaine de la conscience. Tout est normal. Quand je replace mes lunettes sur mon nez après une période suffisamment longue, il se passe quelque chose qui parait normal, mais que je trouve merveilleux : l’extérieur devient soudain d’une richesse incroyable, les choses et les êtres se révèlent différemment, complexes, pleins de détails, de sens.

Bref, mon acuité visuelle revient au niveau des dix dixièmes qui caractérisent la normalité, mais entraîne également mon esprit curieux dans un tourbillon de questions.

Pourrais-je connaître la même transformation sensorielle, mais à partir d’une vision normale cette fois ? De telle sorte que ce qui me semblait déjà très détaillé devienne encore plus riche.

La vision est caractérisée entre autre par l’acuité. Celle-ci peut être morphoscopique, subjective, angulaire. C’est cette dernière qui est mesurée le plus souvent, sur une échelle allant de zéro à vingt dixièmes. La valeur moyenne pour une personne ne souffrant pas de trouble de la vision est de dix dixièmes, mais certaines personnes peuvent atteindre 20/10. Quand nous sommes capables de distinguer des angles minimum de 1 minute d’arc (0.016°) eux peuvent en distinguer de 30 secondes seulement. Les aigles quant à eux ont une acuité angulaire trois fois supérieure à la notre, grâce à leur seconde fovéa temporale, les veinards. Est-ce que des dispositifs de correction oculaires peuvent augmenter notre qualité de vision au-delà de cette moyenne de dix ? Car tout est là devant nous. Il n’y a qu’à regarder, ou plutôt « voir » et ce n’est pas uniquement une tâche réservée à nos seuls yeux. Notre cerveau en particulier a son rôle à jouer, et pour peut qu’on le veuille, on peut dépasser les raccourcis symboliques qui nous empêchent de réellement voir ce qui nous entoure. Etendez votre main devant vous ; que voyez-vous ? Une main bien sûr. Et voilà que le cerveau (ce bon vieil hémisphère gauche tout du moins) donne sa réponse, rapide et efficace, la réponse dont nous avons besoin la plupart du temps pour prendre des décisions, mais qui nous font oublier de voir.

Je suis frustré de savoir le monde si riche et complexe et de n’avoir à ma disposition que de piètres organes sensoriels. Et là je parle de la vision, mais je pourrais transposer à nos autres sens. Et puis pourquoi n’en avons-nous que cinq ? Il y a tellement de choses dont nous connaissons l’existence et que nous ne pouvons saisir. Je ne vous cache pas que j’ai toutes les peines du monde à écrire cet article. Mes idées relatives à ma perception du monde sont en pleine évolution et trop insaisissables. Plutôt que de continuer à me torturer à essayer de coucher sur le papier des idées qui ne se sont même pas incarnées en mots dans mon esprit, je cite une phrase du généticien britannique J.B.S. Haldane qui pourra servir de support aux âmes en manque de méditation. « La vérité n’est pas seulement plus étrange que nous le supposons mais en fait plus étrange que nous sommes capables de le supposer ».

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