Pourtant tout peut être si simple
samedi 5 novembre 2005 à 18:48

Je boutonne ma veste tandis que je m'engouffre sous le ciel presque noir de la rue presque déserte. Je viens de quitter des amis qui finissent de regarder la Star Ac'. Moi je n'en peux plus ce soir. J'apprendrai qui a été éliminé un autre jour, ou pas. Je descens vers le Palais Chaillot. Je m'arrête avant de traverser les deux derniers passages piétons. Il y a quand même quelques voitures, et vu ce que j'ai bu au boulot, mieux vaut être prudent. L'homme devant moi s'avance dangeureusement vers la chaussée. Il ne voit pas les voitures, qui roulent d'une allure feutrée. Il agite sa canne blanche devant lui et s'engage. Je le rattrape, et me ravise avant de le dépasser. « Vous prenez le métro ? » lui demandé-je. « Oui. » « Je vais vous accompagner.» Je lui attrape le bras, et le guide vers les escaliers. Le couloir souterrain est long. Il doit avoir environ 25 ans. Il fait assez frais. Il est bien habillé, bien rasé. Encore des escaliers. Je ralentis pour le prévenir. Mais comment fait-il ? Nous passons les tourniquets. Il me tiens la porte. Je reprends son bras jusqu'en haut des marches qui mènent au quais de la ligne 6. Il me remercie d'une voix sincère et belle. Je suis encore là, et pourtant absent de son champs de vision. Je ne veux pas l'ennuyer en lui disant mon admiration. Un autre jour si on se recroise.

1 commentaire
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eric
lundi 7 novembre 2005 à 12:30
Ah quel gentil homme, ce Cailus

Qu'aurait-il pu répondre ? Imaginons...

" M'admirer, mais voyons, pourquoi donc ? Admire-t-on quelqu'un pour ce qu'il vit ?

- Mais vivre aussi dignement...

- Dans mon état ? Avec une telle infirmité ? Mais pourtant, sans yeux, sans jambes, sans beauté, n'en sommes-nous pas moins homme ? Ne serais-je pas moins méprisable à me laisser aller ?

- Au contraire, cela paraît admirable...

- Mais qu'est-ce que l'on admire au fond ? La force dans l'adversité ? La force de la dignité ? Mais si cela m'était tout aussi naturel ? Si jamais mes yeux n'avaient pu voir le ciel ? Qu'aurais-je à regretter que je ne sus jamais ? Voyez donc, mon ami, il n'est rien d'admirable à mon état : je suis, comme je suis, j'existe.

- Mais pourtant... à vous voir... vous semblez...

- Et je ne me vois pas... Mais je vais au devant, à tâton, et j'y monte ! Ne serait-ce pas là ce qui vous touche, en fait ? Non pas l'infirmité, à proprement parler... mais celle de tout homme, et le met au devant d'elle-même et l'effraie, le fait fuir, hors de soi... celle qui le retient d'exister, et pourtant... Et moi, qui paraît vivre, enfin, sans m'en soucier, image malgré moi d'admirable grandeur...

- Peut-être alors est-ce plus admirable, encore... "

Puis l'on se dit, plus loin : le sens que je veux voir, le chemin qui devant moi, sans fin, se dévoile... un visible au-delà du visible.
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